les mots les plus simples
sont aussi les plus justes
chacun cherche à exprimer
ce qu'il a au fond de lui
sans s'avouer
toutefois
que ce qu'il y a au fond de lui
c'est lui
alors
chacun cherche en tatonnant
la lumière dans la nuit
le bruit dans le silence
le silence dans la foule
mais plus humble et plus beau sans doute
est d'être dans la nuit
est de comprendre la nuit
est de transmettre la nuit
d'être
en somme
la nuit dans la nuit
le bruit dans le bruit
le silence dans le silence
et la foule dans la foule
tout le reste n'est que poésie
il fait gris
par la fenêtre je vois la pluie
qui s'abat qui s'abat
qui s'écrase avec la nuit
et la pluie est la seule chose
qui m'intéresse
qui me délasse
la pluie (toum toum)
est la seule chose que je connaisse
par coeur
car rencontrée un soir de juin
par erreur
alors qu'on voulait me présenter
le soleil et la santé
la beauté tout le gratin
et raffarin
mais à la place voici qu'arrivent
la pluie la toux et la dérive
toute une armée de mecs tout seuls
et puis jospin
la pluie apaise mon âme en chien
toute une armée de mecs tout seuls qui
comme moi regardent la pluie tomber
tranquillement
presque tristes mais détachés
n'ayant rien d'autre à faire que de penser
j'espère que demain il fera meilleur
c'est comme ça que l'on survit
c'est comme que l'on survit
bien
plutôt bien malgré tout malgré la vie
en unité de psychatrie
rachida dati
tu manges ce bonbon
avec le plus grand sérieux du monde
un délicieux bonbon
au caramel
un bonbon qui fond tout seul
dans ta bouche d'enfant tout seul
devant eux qui gueulent
plus que de raison
tu es enfermé avec deux êtres
qui se détestent sans passion
enfermés qu'ils sont eux-mêmes
dans leur malheur le malheur que tu es
et le bonbon
libère sa fine saveur
deux être qui pleurent
beaucoup plus que toi
lui qui dit que me veux-tu
elle qui dit j'en ai marre de me taire
lui qui dit quoi que me dis-tu
elle qui dit non mais regarde cet enfer
dans lequel tu m'as mise
et alors le papier d'or
de ta friandise
te fascine et tu t'amuses
à compter les rayons de soleil
qui tombent dans la pièce
dans la pièce où tu es
où ils te tuent
habitués
à te déplaire
mais ton regard s'éclaire
soudain
et le bonbon réchauffe ta condition
il apaise ton enfer
un bonbon extraordinaire
un bonbon grandiose
une équinoxe de sucre
une éclipse de fondant
et les cris mêlés de tes parents
se taisent pour un instant
et tu es l'enfant
le plus chanceux du monde
d'avoir un bonbon sous ton palais
un cadeau sur la langue
une poignée d'éternité
en cinq minutes de miracle
dis-moi tout
dis-moi ce qui chagrine
ton coeur
dis-moi ce qui se cache
derrière cet air songeur
parle-moi
parle-moi de toutes tes forces
parle-moi de tes erreurs
de tes peurs
d'enfant
à présent que tu es une grande personne va voir bobonne
sois digne de tes choix
à la hauteur de ta vie
je suis la chaise sur laquelle
tu es assis
je suis la terre
je suis la pulpe de tes doigts
l'enfer la neige ton toît
ton abris tes rêves et le dernier jouet
que tu n'as pas cassé
je suis ta poésie
je reste ta poésie
et je sauverai le monde
pour que tu ailles juste
un peu mieux
A l’instant même où je t’aie vue, je me suis, je me suis dit tiens, cette nana-là c’est du genre à tirer des sacs à 20 balles dans les magasins, c’est du genre ingérable, rebelle, un peu tarée comme je les aime ; du genre à s’ouvrir le paquet de gâteaux dans le magasin, devant toutes les caméras et de regarder la caméra et dire à la caméra, la bouche pleine, de lui dire je m’en tape, je mange les gâteaux que tu surveilles, tu es l’autorité, je suis ta pire ennemie.
Du genre en talons hauts, la coupe à la garçonne, crapotant des clopes longues comme une phase terminale qui durerait 20 ans, sourire en coin et regard à peine deviné, et haut le regard, tellement haut sous tes cheveux bouclés, tandis que tu marches là devant moi, ton cul se balançant de droite à gauche, pressée que tu dois être de fuir tes derniers pas. De fuir tes ancêtres. D’être la première à porter ton nom, ton ossature, ton style, ton charme et toute la chaleur d’un soleil naissant à chacun de tes pas pressés, pour chacune de tes boucles rayonnant, dardant ses ô sur l’orgueil fumant des poètes . Si tu n’existais pas il ferait toujours nuit, le monde serait froid, nous n’aurions jamais appris à écrire. Tu portes le feu, le jour, tu es le dernier sucre de la condition humaine, plongé dans le dernier café de l’univers, tu es l’ultime taille 38, le chant du style, un grand rire qu’on n’enterre pas, qui reste, qui reste en mémoire comme une petite humiliation cruelle. Je sais que tu l’es, cruelle, et je sais que tu m’humilieras comme je sais que ma dignité n’a aucune importance. Ton dos devant moi, c’est toutes les femmes qui ont tourné les talons, ont emporté loin de moi les horizons tout juste nés, l’espoir et l’écran plat.
Chacun de tes pas. Chacun de tes pas me dit chacun de tes amants me dit chacun de tes défauts. Chacune de tes failles me ramène à moi, et à toutes les fois où j’ai tourné à gauche par ennui, où j’ai changé de trottoir par manque de goût, où j’ai traversé la rue pour perdre mon chemin. De vie mon chemin de vie cette fois m’a mené derrière toi, qui porte derrière toi tes boucles grises, ton dos voûté, tes talons hauts et cette légère odeur d’eau de Cologne, qui m’enivre et me dit merde par avance, qui témoigne du passé dont tu rêves encore pour mille.
je t'aime plus que moi-même et je sais ma toute belle que cette fois-ci c'est pour de vrai je me suis livré à toi j'ai bavé rêvé sur ton oreiller raté des pâtes devant toi fait la zouk-machine devant toi et devant toi la zouk-machine avait un coeur je t'aime plus que ma douleur te désire tant que j'ai parfois peur de toi comme on a peur de vivre son dernier printemps la fin d'une chanson son tout dernier bonheur avant des siècles sans chair et sans amour des années nues désertes arides années durant lesquelles petit Pierrot cherchait l'amour dans les poèmes ne trouvait rien que du gras du nerf des os mais à présent oui à présent oui à présent oui à présent à présent présent à présent oui à présent petit Pierrot à compris avec le temps qu'il vaut mieux pour être heureux chercher les poèmes dans l'amour les mots dans la chair la voix dans le regard écrire pour quelqu'un pour toi qui existes qui es là devant moi plus naïve que les premières neiges plus touchante que les dernières pluies réelle et salutaire lorsque soudain perds je pieds perds me dans terrible l'hallucination tu me sauves en vidant le cendrier en tirant les rideaux en posant ta main sur ma nuque et me disant il n'y a rien de plus beau que notre amour il n'y a rien de plus beau que notre amour il n'y a rien de plus beau que notre amour
Malgré la chaleur tendre de ta chatte malgré toutes ces fois où tu t'échappes où l'on te frappe animalement lorsque tu jappes à en perdre dignité malgré la chaleur tendre de l'été tu deviens froide à en crever tu deviens vierge et de rêver tu n'arrêtes pas tu n'arrêtes pas et on dirait lorsqu'on t'éventre animalement que tu enfantes des crachats des jets de sang et de petits poèmes à essuyer qui partent avec un peu d'eau et quelques tartes malgré la chaleur tendre de ta chatte tu deviens vierge à coups de battes tu touches le fond tu jouis en regardant le nord et tu les mords animalement tous ces salauds tous ces connards qui partent à l'eau tu deviens froide à en crever plus distante qu'un plan épargne retraite lorsqu'on te traite de pute ou de garage à bites il y a toujours derrière toi cette petite musique qui dit comme ça je suis je fonds je fonds je suis je suis bonbon sous un palais je serai vierge et aussi sourde qu'un galet
Ça commence par une respiration, hachée mais tranquille,
aérée,
par un doigt posé sur le front, dessinant de lentes arabesques.
Ça commence par le doigt par la paume et par la respiration de sa mère, quelque
part entre l'éveil et le sommeil. Quelque part mais tout près de lui, son
haleine et l'odeur de sa peau.
Ça commence par lui la tête posée sur les cuisses de sa mère, lui l'enfant
d'elle, elle la mère de lui, les deux visages sont tournés l'un vers
l'autre.
L'un pour l'autre présents.
Les deux visages entre l'ombre et la lumière.
maman tu m'en veux?
hier il a laissé tomber sa couette du haut du lit
superposé, il avait froid, il a dû descendre et affronter tout ce noir.
La peur lui nouait les tripes, il ne savait pas dire de quoi
mais il avait peur. Le noir n'a pas de forme. Le noir c'est l'inconnu et
c'est comme si sa couette était tombée dans un autre pays.
Il a pris sa couette et vite vite il est remonté et puis il s'est enveloppé
serré fort et n'a laissé dépasser que son nez. Son cœur battait toujours mais
il n'aurait su dire
s'il était mort ou vivant.
de quoi mon chéri?
hier elle a reçu ce coup de fil. Elle a répondu et c'était le Blond. Le
Blond qui gueulait. Le Blond bourré. Qui la menaçait de venir pour tout
casser.
Elle lui a calmement interdit de venir, l'a laissé postillonner ses menaces
et sa virilité
puis elle a raccroché.
Ensuite, elle a fermé tous les volets de la maison, elle a verrouillé la porte
d'entrée, elle est allée mettre de l'eau à bouillir puis s'est assise sur une
chaise du salon, très droite, les mains posées
sur ses jambes resserrées. Et puis elle a fait silence, dans le noir, elle a
fermé les yeux en attendant l'orage
ben je sais pas moi... de tout.
il s'est réveillé tout mouillé. S'est rendu vite compte qu'il avait fait
pipi au lit.
Comme à chaque fois. Comme
toutes les nuits et, comme toutes les nuits, il a eu peur d'être engueulé. Il
ne comprenait rien à elle, sauf sa peau et son odeur. Ça c'était vrai. Il était
sûr de sa peau, de son odeur, de ses cheveux.
Mais le reste, il ne comprenait pas. Parfois quand il pleurait, elle se mettait
en colère, d'autres fois il riait et elle se mettait à le consoler. Il avait
faim, elle le mettait sur le pot. Soif, elle le couchait.
Et là... maintenant qu'il
avait fait pipi
au lit? Qu'allait-elle dire? Il s'attendait au pire. Le pire c'était quand elle
le regardait un peu, puis se détournait sans un mot. Le pire c'est quand il
n'existait pas.
non. Non je ne t'en veux pas de
tout.
Tout ce qui est s'est bonnement fait.
Il ne faut pas avoir peur.
Je te protège comme Dieu nous protège.
Il ne faut pas avoir peur.
l'eau était chaude à présent. Elle a sorti un sachet de thé. Elle a mis le
sachet dans le bol l'eau dans le bol a pris le bol dans ses mains et l'a laissé
tomber. Du coup secousse. Dans tout le corps.
Du coup secousse et cris a crié si fort
qu'il a sursauté est descendu de son lit trempé et a couru jusqu'au cri. Sa
peau
ses bras
ses bras son odeur
son odeur ses cheveux
ses cheveux ses yeux son nez ses bras sa bouche et ses doigts
son ventre et ses jambes et ses pieds et ses
cheveux son nez son rire oh ses yeux noirs tout ça toute cette peau
toutes ces oreilles devant lui, toute cette mère recroquevillée
par terre, devant lui.
Elle a levé la tête et l'a regardé droit dans les yeux. Elle tremblait. Son
corps s'est relâché un peu, elle a lâché un pet puis a commencé à s'uriner
dessus. Tout en marmonnant des mots qu'il ne pouvait pas comprendre.
Alors il a ri (pour le pet).
Puis il a pleuré (pour le reste)
Et dans cette petite maison aux volets clos, dans cette cuisine mal éclairée,
dans ce monde clos, dans son corps à lui, dans son corps à elle, tout s'est mis
à bouillir, monter, crever les plafonds et les torses, monter encore, toujours
plus, monter jusqu'au ciel béant, et tout s'est soudainement illuminé, l'ombre
de lui de elle de tout cet amour de toute cette
violence de toutes ces colères tout a soudain mué
et s'est changé en lumière.
d'accord maman. Je t'aime.
Dis...
Qui s'occupe de Dieu?
C'est qui qui le protège quand il a peur?
Clara fille de neige à la frimousse un peu triste aux gestes mesurés à la démarche sereine descendant lentement ses escaliers de porcelaine Clara s'anime un peu et sourit doucement comme se dévêt une reine comme se découvre un émoi en marge d'une promesse au profond d'un iris d'un regard qui s'en va comme on s'enfuit par la fenêtre ne laissant derrière soi que l'ombre d'une voix comme on apprend à se taire Clara danse en secret au large d'un mystère qu'on appelle éclater rire rire aux éclats et l'on dit bien d'elle qu'elle est douce et qu'elle est calme et qu'elle est belle on ne peut que faillir en voyant sa frimousse les doux yeux de Clara de Clara fille de neige qui veut rire aux éclats qui rêve comme on respire descendant lentement ses escaliers de porcelaine Clara lâche un soupir et pour la main de sa mère construirait un empire un château une terre d'exil avec son petit corps encore enfant avec son buste fin fragile Clara rêve et seul reste présent reste là devant nous le mouvement léger le léger mouvement de ses cils nus battant comme un coeur et donnant sens aux choses
aux gestes aux mots au chant violent
de l'inconnu
1.05.2013
nous passions
sous les nuages et ceux-ci
passaient aussi et la terre tournait
inlassablement et nos épaules montaient
puis descendaient et nous respirions et tout était