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2.09.2013

je te souhaite

dis-moi tout
dis-moi ce qui chagrine
ton coeur
dis-moi ce qui se cache
derrière cet air songeur
parle-moi
parle-moi de toutes tes forces
parle-moi de tes erreurs
de tes peurs
d'enfant
à présent que tu es une grande personne
va voir bobonne
sois digne de tes choix
à la hauteur de ta vie
je suis la chaise sur laquelle
tu es assis
je suis la terre
je suis la pulpe de tes doigts
l'enfer la neige ton toît
ton abris tes rêves et le dernier jouet
que tu n'as pas cassé
je suis ta poésie
je reste ta poésie
et je sauverai le monde
pour que tu ailles juste
un peu mieux

12.14.2012

Le Glown




On m'appelle le Glown.
Clown j'étais à l'époque, ô bénie soit cette époque où j'étais rieur, cabotin, tout en blagues et en soupirs articulés ; j'étais clown et, devant l'enfant, je savais vivre, et virevolter, entre tendresse et potacherie voire, entre ridicule et grâce pure... Mais voilà... Un jour L'homme Derrière la Glace, à cause d'une faute, d'une simple faute de frappe, me fit Glown.
Et, depuis, ma barbe a poussé, mon regard est devenu dur, dur terrible regard et gestes tragiques, ma vie devenue triste à mourir, complexe et insondable, devant l'enfant je me mords la lèvre, il me pousse une cravate, fleurissent les mocassins, émergent des lunettes, et le Glown se transforme en employé de bureau terne et désespéré.
Après la mort, il y a l'enfer.
Après l'enfer, la rue.
Après la rue, le bureau.
Mais attention, hein ? le bureau bien tard, en hivers, le bureau baigné d'une lumière surréaliste, au son du stylo qui gratte comme un chien devant la porte, des petits clapotis du clavier, le bureau dévorant l'espoir de l'homme à la tête courbée, tel un réverbère éclairant mal ce qui se cache derrière le geste, l'intention.

Je n'ai plus que l'intention d'être.

Je ne suis plus que l'intention de ma venue au monde.

Alors le Glown fait attention de ne pas vivre trop fort, le Glown surveille son ombre, pour qu'elle n'aille pas trop loin, garde son ombre, mange avec son ombre, et, toujours, fait gaffe à rester droit.

Les Clowns sont les défauts de tout le monde, et s'empêtrent dans les tentatives de dépasser ces mêmes défaut, jouent à être meilleur pour atteindre la grâce, la petite larme de l'enfant, la transfiguration de l'adulte, l'union du rêve et du monde solide ; moi, le Glown, je suis un seul défaut, celui de ne pas être mort plus tôt, et de ne vivre que dans le rêve, je suis un rêve détaché du monde, un geste suspendu, une intention.

Et l'Homme Derrière La Glace est désormais mon seul public. Et je sais déjà qu'à l'heure prochaine de mon suicide, il mangera des cacahuètes en ricanant devant les restes, les dernières traces du ridicule de sa folie furieuse.

Blam. 

12.13.2012

Le club d'échecs

Je danse, je danse avec mes ombres et passent, passent les muses devant moi, les muses en survèt', à 20 ans déjà pleines, chassant l'alloc' et l'évènement, la lumière des flaques et les soirées ratées, regardant amoureusement grandir leurs écrans plats. Passent les nuits blanches, guidées par l'odeur du shit et par le goût de la défaite, intense, persistant, cru.
Je m'appelle Gabriel Cendré, et je suis un homme libre.
Je danse. Les oiseaux se lamentent et vagissent dans le très haut du ciel, Rihanna glapit, et tire sur la manche d'un producteur: - excuse-moi, mec... euh... t'aurais pas une pièce pour un single ?
Bien sûr tout ceci reste entre nous. J'ai déjà du mal à travailler le langage de la rue, à surveiller ma nonchalance, à cracher comme un pauvre... croyez-moi si je vous dis que détruire des rétros c'est mal, que je regrette d'avoir volé des vélos dans les caves, la nuit, que braquer des magasins à 2h du mat' ne mène à rien, ou, au mieux, chez les shmidts.
Croyez-moi. Je veux juste vivre libre, j'ai lu Bukowski, j'ai lu Fante, j'ai lu Céline et des magasines de moto, même si je me contrefous des motos. Et de Céline. Moi qui suis nez avec une cuillère d'argent dans la bouche, je veux désormais pourrir avec un canapé en skaï dans le rectum.
Renifler l'odeur de la friture.
Manger pas cher et très gras.
Si j'ai un fils un jour, le laisser regarder la télé jusqu'à pas d'heure, et jouer avec lui lorsque je serai bourré, et l'engueuler pour un rien, au hasard, pour me sentir fort, et lui répondre des trucs du genre: tu comprendras plus tard, élidant ainsi toute tentative de transmission père-fils.
Vrai, j'ai trop souffert, dans mon adolescence, d'être riche et heureux, d'avoir des parents formidables, même pas divorcés. Je m'étais même inscrit au club d'échec pour me sentir moins seul entre midi et deux
Je jure devant Dieu que je serai un bon prolo, et que mon fils souffrira assez pour s'intégrer.
Alors je danse, je danse avec mes ombres, je cause moto, bois, fume du zeutla devant des séries américaines, casse des rétros, vole des bouteilles et m'ennuie à la perfection.
Et bientôt, pour fêter mes 29 ans, j'irai dormir sous un pont.
- Je me languis déjà de l'odeur de la pisse, et du froid qui saura me rendre vivant...


12.11.2012

Born to be last

Nous étions deux blacks, deux métis et tous ceux-là, les affreux blancs-becs, majoritaires, nous traitaient de frères. Vrai, nous ne nous ressemblions pas. Aucun trait commun, à part peut-être nos deux papas, qui mirent un peu de noir dans notre sang, du bâtard dans le ventre de nos mères.
Nous étions deux blacks, et tous les blacks sont frères.
Ajoute-moi un chapeau, je suis untel, une paire de lunettes, oh mon dieu on dirait l'autre ! Le chanteur, là ! Cool, mon gars, tiens, regarde moi sans la moustache... De qui j'ai l'air ? Tous les blacks sont frères, c'est comme les chinois.

*

Voyage ô ces fameux voyages de classe, qui laissent, dans nos carcasses, comme une trace d'exotisme crasseux. Style caisses de bières andalouses, anglaises, je peux le dire sans honte: - je me suis pinté dans toutes les impasses d'europe. - de ces pays je n'ai rien vu, mais j'ai pris des photos... de mecs bourrés, ou de panneaux. De trucs rigolos. Bref. Deux blacks, dans le car du retour, moi devant, lui derrière, et c'est le genre à serrer la main mollement, tel un cyclone sous calmants. Derrière: les populaires. Devant: les autres. Je me fais chier. Tout me fait chier. Je suis triste par nature. C'est la fin de l'aventure, la fin de la torture, pour moi, qui, la joue collée contre la vitre, regarde les paysages défiler, ne pensant qu'à rentrer, retrouver ma playstation et ses réalités mensongères et merveilleuses.
Et puis.
Et puis.
Et puis oh et puis soudain, c'est comme une rumeur qui monte, comme un grondement. Derrière les voix se lèvent, tourbillonnent: - allez vas-y. - vas-y ! Hihi ! - VAS-Y ! Allez Marine ! Bon. Ok. Marine et moi on est copains. Je sais déjà ça. Mais de là à ce qu'elle se jette dans mes bras... il n'y a qu'un pas. Un pas de plusieurs siècles. - MARINE ! MARINE ! MARINE ! J'ai chaud. Le sang me monte à la tête. Je n'ose me retourner. C'est tout le bus qui attend qu'elle se lève, et vienne s’asseoir à mes côtés, et me roule un patin. Merde. De quelle côté on la tourne, la langue? Je sue. Je m'essuie le front. Et le nez ? De combien de degrés faut-il pencher la tête ? Vers la droite ou vers la gauche ? J'ai terriblement chaud. Je souris. Je me retourne. - OUAIIIIS !
Ouais quoi ?
Elle est pas là.
Pas à côté de moi.
Elle est derrière, parmi les populaires. Et à côté, oui, de lui, mon frère. Je tombe. Mes illusions tâchent mon tee-shirt "born to be last". Je deviens secrètement mesquin. Comment n'y avais-je pas pensé ? Lui est derrière, moi devant, lui c'est le dominant, moi l'intello, le bidasse de l'amour, je suis damné, infiniment black, mais sans le groove. Lui c'est Kanye West, moi Sebastien Folin. C'est pourtant facile: il s'habille mieux que moi. Tous les blacks sont frères. Un rien les rend humains.